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Colmar, envoyé spécial.
Charles et Christophe Cretello sont assis sur le même banc, celui des accusés. Les mêmes yeux noirs, les mêmes lèvres circonflexes. A gauche, Charles, le père. A droite, Christophe, le fils. Entre les deux : un policier. Entre les deux : un abîme. Celui d'un double meurtre. Longtemps après les faits, le fils reconnaît avoir tué la femme. Le père, mis au courant de ces aveux, assure qu'il n'en est rien : il le jure, c'est lui qui a tué la femme, puis l'homme et enfin le caniche. Le fils prendra à son tour tout à son compte, avant de revenir à sa première version et s'y tenir. Le père, lui, après 28 mois de réflexion en cellule, ne voyant plus qu'une visiteuse de prison, change d'avocat et jure qu'il est innocent, que c'est son fils le seul coupable. Charles et Christophe sont assis sur le même banc de la cour d'assises du Haut-Rhin à Colmar, et ils ne se regardent pas.
Le 2 avril 1996, un mardi, jour de fermeture de la pizzeria du Moulin, à Rosenau, près de Mulhouse, Charles Cretello va porter la recette du week-end à la banque. Il n'en est pas à sa première pizzeria. Elevé «épisodiquement» par un père et une mère séparés, allant de fugues en foyers,sa route a croisé celle de Christine sur la piste d'un dancing en 1970. Christophe naît un an plus tard. Son père ne le verra pas grandir. Dans la forêt de Retter, Charles participe à un règlement de compte qui se termine en exécution. Condamné à vingt ans, on lui accordera une permission pour aller voir sa m