La seule guerre que peut gagner l’Ukraine est la guerre de l’information. C’est une guerre performative de survie. Sa stratégie est circulaire : produire de belles images, qui maintiennent la motivation des alliés, afin de pouvoir continuer à produire de belles images. Un 🧵
- 1/n Sans surprise, l’opération militaire spéciale de 40 jours mise en place par Zelensky est vendue comme un énième game changer par l’armée de micro-influenceurs au service de Kiev. Les spin doctors ont inventé un slogan pour ce nouveau produit : les « sanctions ukrainiennes ».2/n Cette stratégie s’articule autour de quatre axes. ➡️ Axe 1 : transformer la Crimée en île coupée du monde en frappant systématiquement ses ponts et ses axes logistiques, pour la priver progressivement d’essence, de biens de première nécessité et pour désorganiser l’armée.3/n ➡️ Axe 2 : provoquer une crise énergétique majeure en Russie en ciblant ses raffineries, avec pour objectif de créer des pénuries de carburant et de faire vaciller l’arrière-pays en « portant la guerre » dans le quotidien des Russes.4/n ➡️ Axe 3 : faire exploser la colère populaire en s’attaquant aux principaux hubs du e-commerce, dans l’espoir de paralyser la routine de consommation chère aux jeunes générations et de retourner ainsi la population contre le Kremlin.5/n ➡️Axe 4 : mener une offensive psychologique massive destinée à humilier la Russie en mobilisant ses armées numériques pour diffuser en boucle sur les réseaux des images apocalyptiques de Moscou ou Saint-Pétersbourg noyées sous d’épais nuages de fumée noire.6/n Cette campagne de frappes en profondeur est donc pensée comme une escalade assumée pour contraindre la Russie à s’asseoir à la table des négociations en position de faiblesse. Las ! La Russie a répondu par une contre-escalade encore plus brutale sur chacun de ces 4 axes :7/n ➡️ Axe 1 : à l’isolement de la Crimée, les Russes ont répliqué par l’asphyxie d’Odessa, soumise à un quasi-blocus naval et à un pilonnage de ses infrastructures portuaires avec pour conséquence un effondrement des exportations de minerais et de céréales.8/n ➡️ Axe 2 : les Russes répondent aux frappes en profondeur sur des infrastructures pétrolières par la destruction méthodique des stations-service dans les oblasts de Soumy, Tchernigov, Kharkiv et Zaporijjia. En Russie, la situation revient déjà progressivement à la normale.9n/ ➡️ Axe 3 : aux « sanctions à longue portée » sur les hubs Wildberries (dont celui de Saint-Pétersbourg), les Russes ont déjà répliqué par des frappes sur dix Epicenter (méga-centres commerciaux à double-usage dont, symboliquement, celui Kryvyï Rih, la ville de Zelensky).10/n ➡️ Axe 4 : comme un pied de nez à la confiance affichée par Kiev dans sa guerre des drones, une frappe balistique a décimé une exposition de dronistes tandis qu’en Russie, l’humiliation recherchée s’est retournée en outil de mobilisation contre le “terrorisme ukrainien”.11/n Cette campagne est un cas d’école d’une escalade volontaire qui a surtout réussi à durcir l’adversaire plutôt qu’à le faire plier. Elle pose une question difficile pour la suite : sans aucune possibilité d’inverser le rapport de force militaire sur le terrain =>12/n => l’Ukraine peut-elle indéfiniment multiplier des initiatives certes marquantes sur le court terme mais inopérantes sur le long terme ? Les performances médiatiques, la communication pour impressionner les alliés, n’ont jamais fait un game changer.13/13 Au contraire, l’effet boomerang a été ravageur : ces frappes de drones ont surtout révélé les limites de la capacité ukrainienne à tenir le rythme et à créer un point de rupture. La résilience de la Russie est la pire ennemie de ce type d’opérations conçues pour le buzz.
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