Biographie de Jacques Mesrine (1936-1979)
Biographie de Jacques Mesrine, ennemi public numéro un. De Clichy à Clignancourt, retour sur la vie du criminel le plus recherché de France.
Jacques René Mesrine naît le 28 décembre 1936 à Clichy, dans les Hauts-de-Seine. Son père, André Pierre Mesrine, tient un commerce de broderie spécialisé dans la dentelle de luxe. Sa mère, Fernande Charlotte Buvry, est d’origine lorraine. La famille vit dans un deux-pièces au 3 bis de l’avenue Anatole-France. Ses parents nourrissent pour lui des ambitions bourgeoises. Ils espèrent le voir entrer aux HEC. Pendant l’Occupation, le père est mobilisé puis fait prisonnier par les Allemands. Cette absence prolongée marquera durablement le jeune Jacques. Le documentariste Philippe Roizès y voit « une des clés de compréhension de Jacques Mesrine ».
L’enfant grandit dans ce quartier populaire de Clichy. Adolescent, il fréquente Pigalle, ses cabarets, ses cafés interlopes. Il est d’abord renvoyé d’une école tenue par les frères oratoriens, puis du lycée laïc de Clichy pour violences envers le proviseur. Il entraîne déjà ses amis dans de petits larcins. En 1955, à dix-huit ans, il épouse Lydia de Souza, étudiante en chimie d’origine togolaise, rencontrée sur une piste de danse. Il adopte Dominique, le fils de Lydia.
La guerre d’Algérie (1956-1959)
Appelé sous les drapeaux, Mesrine sert trois ans en Algérie dans la 626e compagnie. Les missions de contre-insurrection comprennent, selon plusieurs sources, l’exécution de prisonniers. L’armée lui décerne la Croix de la Valeur militaire des mains du général Jean Olié. En mars 1959, il rentre en métropole avec un certificat de bonne conduite.
Cette expérience le transforme. L’Algérie lui apprend le maniement des armes, l’audace sous le feu, le mépris du danger. Dans L’Instinct de mort, il écrira avoir « appris à massacrer et à torturer » pendant ces trois années. La controverse sur son rôle exact dans les opérations de contre-insurrection persiste : ses « faits d’armes réels sont inconnus », note le journaliste Georges Moréas dans Le Monde. Le soldat Mesrine rentre en France avec un certificat de bonne conduite et un pistolet dans ses bagages.
Les premiers crimes (1961-1967)
Le retour à la vie civile ne dure pas. En 1961, Mesrine se remarie avec Maria-Soledad Ortiz, rencontrée en Espagne. Trois enfants naissent : Sabrina, Bruno, Boris. Le couple divorce en 1965.
Le 17 janvier 1962, la police l’arrête à Neubourg, dans l’Eure, alors qu’il prépare un hold-up à la Société générale avec trois complices. Condamné à dix-huit mois de prison, il est incarcéré à Évreux puis Orléans, où il croise Pierre Carrot, dit « Pierrot le fou n°2 ». La rencontre cimente sa vocation criminelle.
Les années suivantes sont un enchaînement de coups : vol de documents politiques à Palma de Majorque (décembre 1965, six mois de prison), restaurant aux Canaries, bijouterie à Genève, auberge à Compiègne, cambriolage d’hôtel à Chamonix. Le 8 décembre 1967, il braque une maison de haute couture parisienne. La police française le recherche activement.
L’exil au Québec (1968-1972)
Le 6 février 1968, Mesrine fuit la France avec sa compagne Jeanne Schneider. Le couple arrive à Montréal en juillet et s’installe au 3645, rue Sherbrooke Est. Mesrine a trente et un ans.
Fin 1968, ils entrent au service de Georges Deslauriers, un millionnaire handicapé résidant à Mont-Saint-Hilaire. Mesrine est cuisinier et chauffeur. Le 12 janvier 1969, il enlève son employeur avec un complice. La rançon de 200 000 dollars, réclamée au frère Marcel, n’est jamais versée. Deslauriers s’échappe. L’opération est un échec cuisant.
En juin 1969, le corps étranglé d’Évelyne Le Bouthilier, patronne du motel des Trois Sœurs à Percé, est découvert. Mesrine et Schneider sont arrêtés fin juin 1969 à Texarkana, à la frontière du Texas et de l’Arkansas, et extradés vers le Canada. En janvier 1971, leur avocat, Me Raymond Daoust, obtient l’acquittement en faisant invalider les preuves par empreintes digitales.
Le 17 août 1969, Mesrine s’évade une première fois, de la prison de Percé, avec le détenu Jean-Paul Mercier. Repris, il est transféré au pénitencier de Saint-Vincent-de-Paul, à Laval, une prison de haute sécurité qu’il décrira comme « une chambre à gaz ». Le 21 août 1972, il s’en évade avec Mercier et plusieurs détenus, grâce à des limes dissimulées dans des raquettes de tennis et des cisailles. Peu après, les deux hommes tuent deux gardes forestiers, Médéric Côté et Ernest Saint-Pierre, qui avaient découvert un arsenal dans le coffre de leur voiture près de Plessisville.
Le 3 septembre 1972, Mesrine tente de libérer des prisonniers de Saint-Vincent-de-Paul pour provoquer une évasion de masse. L’attaque échoue, les deux fugitifs sont blessés. Cet épisode contribuera à la fermeture de l’unité spéciale de correction.
Le retour en France : la fuite en avant (1972-1973)
En décembre 1972, Mesrine rentre en France. Il braque la paie d’une usine à Gisors pour 320 000 francs, puis une caissière sortant d’une banque, pour 280 000 francs. Avec ses complices Michel Ardouin et Michel Grangier, dit « le Petit », il enchaîne les hold-up à un rythme effréné : environ quatre-vingt-dix banques en dix-huit mois, selon la presse de l’époque.
Le 8 mars 1973, la police l’arrête à Boulogne-Billancourt. Il porte de faux papiers au nom de « Nicolas Scaff, architecte ». Sa compagne Jocelyne Deraiche, ancienne caissière de supermarché de dix-huit ans, est à ses côtés. Mesrine félicite les policiers et leur offre champagne et caviar.
Condamné à vingt ans de prison en mai 1973, il ne reste pas longtemps sous les verrous. Le 6 juin 1973, lors d’une audience au tribunal de Compiègne, il récupère une arme dissimulée dans les toilettes par Michel Ardouin, prend le président du tribunal en otage et s’enfuit. Repris peu après, il continue de braquer, notamment le Crédit Lyonnais avenue Bosquet et deux banques avec Pierre Verheyden. Le 28 septembre 1973, le commissaire Robert Broussard l’arrête dans son appartement de la rue Vergniaud, dans le 13e arrondissement.
La Santé : la prison et le combat contre les QHS (1973-1978)
Mesrine passe cinq ans à la prison de la Santé, à Paris. Incarcéré en quartier de haute sécurité (QHS), il dénonce les conditions de détention dans des lettres aux journalistes et des textes qui circulent clandestinement. Le 1er mars 1977, son autobiographie L’Instinct de mort paraît chez Jean-Claude Lattès. Il y revendique trente-neuf meurtres. Le livre fait scandale.
Le 18 mai 1977, il est condamné à vingt ans de réclusion criminelle. Mesrine ne compte pas les purger.
L’évasion de la Santé et la dernière cavale (1978-1979)
Le 8 mai 1978, Mesrine réalise ce que personne n’avait fait : il s’évade de la prison de la Santé avec François Besse. Les deux hommes escaladent les murs en plein jour. Quelques jours plus tard, Mesrine se présente armé d’un .357 Magnum au siège du journal Libération pour rencontrer le journaliste Gilles Millet.
La cavale prend aussitôt une dimension spectaculaire. Le 26 mai 1978, Mesrine et Besse attaquent le casino de Deauville et repartent avec 130 000 francs. La police survient, une cinquantaine de coups de feu sont échangés. Mesrine est touché mais s’échappe en prenant en otage un agriculteur et sa famille.
Le 27 juillet 1978, il fait la couverture de Paris Match. L’interview, accordée à la journaliste Isabelle de Wangen, est la seule donnée pendant sa cavale. Mesrine y menace le ministre de la Justice. La police crée une unité spéciale pour le capturer.
Le 10 novembre 1978, il tente d’assassiner le juge Charles Petit à son domicile. Le magistrat est absent. Mesrine prend sa famille en otage et s’enfuit en criant aux policiers arrivant sur les lieux : « Vite ! Mesrine est là-haut ! »
Le 3 janvier 1979, il accorde une nouvelle interview à Libération. Le titre : « C’est ma façon de dire merde ». En juin 1979, il enlève le banquier octogénaire Henri Lelièvre dans sa villa du Colinet, à Maresché, dans la Sarthe. La rançon exigée s’élève à six millions de francs. Le 10 septembre 1979, il torture le journaliste de Minute Jacques Tillier dans la forêt d’Halatte. Trois balles : joue, bras, jambe. Tillier rampe six kilomètres et survit.
La mort de Mesrine : porte de Clignancourt, 2 novembre 1979
Fin octobre 1979, les policiers Emmanuel Farrugia et Paul Rément repèrent l’appartement de Mesrine rue Belliard, dans le 18e arrondissement. Le renseignement vient du journaliste Jacques Tillier, qui veut se venger.
Le 2 novembre 1979, vers 15 h 15, Mesrine prend le volant de sa BMW 528i marron métallisée, immatriculée 83 CSG 75. Sylvia Jeanjacquot, sa dernière compagne, est assise à ses côtés. À la porte de Clignancourt, boulevard Ney, un camion Saviem bâché s’insère devant le véhicule. Les hommes de la BRI, dissimulés à l’intérieur et armés de carabines Ruger calibre 5,56 et d’un Uzi, ouvrent le feu sans sommation. Mesrine est tué. L’autopsie constate dix-huit impacts de balles à haute vélocité.
Sylvia Jeanjacquot, grièvement blessée, perd un œil. Dans la voiture, la police trouve des grenades et des armes de poing dissimulées aux pieds de la passagère.
« Si Mesrine avait levé les bras, nous ne l’aurions pas tué. J’ai agi de ma propre initiative, dans le cadre de la loi. » — Jean-Louis Fiamenghi, inspecteur de la BRI (2016)
Jacques Mesrine avait quarante-deux ans. Il est enterré au cimetière nord de Clichy, sa ville natale.
Questions fréquentes
Comment est mort Jacques Mesrine ?
Jacques Mesrine a été abattu le 2 novembre 1979, vers 15h15, porte de Clignancourt à Paris. La BRI, dirigée par le commissaire Robert Broussard, a tendu une embuscade à l’aide d’un camion Saviem bâché dissimulant des tireurs armés de carabines Ruger et d’un Uzi. Mesrine était au volant de sa BMW 528i avec sa compagne Sylvia Jeanjacquot. L’autopsie a relevé 18 impacts de balles.
Où est né Jacques Mesrine ?
Jacques Mesrine est né le 28 décembre 1936 à Clichy, dans les Hauts-de-Seine. Son père, André Pierre Mesrine, tenait un commerce de broderie spécialisé dans la dentelle de luxe. La famille vivait modestement dans un deux-pièces au 3 bis de l’avenue Anatole-France.
Jacques Mesrine a-t-il fait la guerre d’Algérie ?
Oui, Mesrine a effectué son service militaire en Algérie de 1956 à 1959, dans la 626e compagnie. Il a participé à des missions de contre-insurrection et a reçu la Croix de la Valeur militaire du général Jean Olié. Cette expérience l’a formé au maniement des armes et à la violence.
Combien de fois Mesrine s’est-il évadé ?
Mesrine a réussi trois évasions majeures : la prison de Percé au Québec en août 1969, le pénitencier de Saint-Vincent-de-Paul à Laval en août 1972, et la prison de la Santé à Paris en mai 1978. Cette dernière évasion, réalisée avec François Besse, était une première dans l’histoire de la Santé.
Mesrine avait-il des enfants ?
Mesrine a eu trois enfants biologiques avec sa deuxième épouse Maria-Soledad Ortiz : Sabrina (1961), Bruno (1964-2022) et Boris (1966). Il avait également adopté Dominique, le fils de sa première épouse Lydia de Souza, pour lui éviter le statut de mère célibataire.