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André Téchiné, réalisateur des « Voleurs »

Par PROPOS RECUEILLIS PAR JEAN-MICHEL FRODON

Publié le 22 août 1996 à 00h00, modifié le 22 août 1996 à 00h00

Temps de Lecture 5 min.

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« Comment s'est mise en place la construction complexe des Voleurs ?

J'ai voulu faire un film sans centre et sans périphérie, où personne n'a le dernier mot. C'est ce tourbillon qui fait l'histoire. La mort d'Ivan est au centre du tourbillon, c'est la catastrophe autour de laquelle le récit s'organise, on est « avant » ou « après ». Même les personnages très éloignés de cette catastrophe sont indirectement atteints par sa mort. J'essaie ainsi de donner au récit un caractère vivant : la vie est un ensemble d'interactions, y compris entre des gens qui ne se connaîtront jamais.

Cette forme de narration est établie dès le scénario ?

Dans son principe, oui. Je voulais que le sens circule sans que personne ait le pouvoir, je voulais une vérité qui change de corps, de visage, de point de vue, qui se transforme et finit même par se perdre, emportée par le mouvement de la vie qui continue. Même si c'est une histoire violente, il y a une autre violence, supérieure, celle du « tout passe ». C'est le sens de l'épilogue, qui décentre une dernière fois le film.

Vous avez modifié la fin depuis la présentation du film à Cannes ?

Oui, j'ai supprimé la séquence finale, où l'enfant tirait dans la montagne, parce que parmi ceux qui ont vu le film, beaucoup ont cru que cette scène signifiait qu'il allait devenir gangster à son tour, prendre la suite de son père et de son grand-père. Je ne veux absolument pas coller à cet enfant un destin de gangster, il faut le laisser libre de choisir son camp. Je me sens responsable de mon travail, y compris vis-à-vis des personnages, s'il y a un malentendu je préfère couper.

Le scénario était-il entièrement bouclé avant le début du tournage ?

Non, le tournage s'est fait en deux fois, en hiver puis à la fin du printemps, l'histoire se déroulant à plusieurs saisons. A la fin du premier tournage, beaucoup de questions restaient ouvertes. Par exemple, je ne savais pas encore que Marie se suiciderait. De même je n'ai décidé que tardivement de ne pas montrer ce que faisait Juliette après sa disparition à Marseille, j'ai écrit des scènes, et finalement préféré montrer comment son absence était vécue par Alex et Marie. Juliette planquée à Marseille aurait été plus « payante » dramatiquement, mais la relation qui se noue entre ses deux amants du fait de sa disparition me semblait plus intéressante. Le scénario évolue aussi en fonction des acteurs. Par exemple, Catherine Deneuve est arrivée sur le plateau avec un pied cassé, j'ai intégré cet incident dans l'histoire. Du scénario au tournage, ce sont les personnages qui donnent naissance à l'histoire.

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