Lorsqu’on quitte Kaiserslautern, à une soixantaine de kilomètres de la frontière française, et que l’on roule vers l’ouest, on passe au milieu d’épaisses forêts et de terrains de base-ball, de stands de tacos crasseux et de clôtures barbelées sans fin, et au bout d’une trentaine de minutes on arrive à un petit village perché sur une colline. Au nord de ce village se dresse une plateforme qui offre une vue incomparable sur les grands événements du monde.

Il y a vingt ans, de cette plateforme, on pouvait observer des centaines de milliers de soldats et d’armes partir en Irak. Il y a quatre ans, lorsque les États-Unis se sont brusquement retirés d’Afghanistan, on a pu suivre le ballet incessant, jour et nuit, des avions d’évacuation. Ces derniers mois, on voit des diplomates et ministres de la Défense affluer du monde entier pour discuter de la guerre en Ukraine. C’est que cette plateforme d’observation donne sur la plus grande base aérienne américaine hors des États-Unis : la Ramstein Air Base.

Nombre d’opérations américaines en Europe, en Afrique et au Moyen-Orient partent de ce centre, qui revêt une importance géopolitique majeure pour les États-Unis et l’Otan. Les Américains ont pris la base à l’armée du Reich pendant la Seconde Guerre mondiale et, depuis les années 1950, ils n’ont cessé de l’agrandir. La plupart de ceux qui vivent à Ramstein-Miesenbach et dans les communes environnantes ont grandi avec les Américains, ils jouent avec eux dans les clubs de football et fêtent ensemble le carnaval. Si la coopération transatlantique avait son troquet, il se trouverait ici.

Reste que cette coopération vacille. Les États-Unis sont-ils nos amis ou nos ennemis ? Jamais les choses n’ont été plus incertaines qu’aujourd’hui. Fin mars, dans une conversation privée qui aurait dû rester secrète, le ministre de la Défense américain, Pete Hegseth, qualifiait les Européens de “parasites”. Donald Trump envisagerait de retirer 35 000 soldats d’Allemagne, rapporte le quotidien britannique The Telegraph, soit la quasi-totalité du contingent. Ce serait la fin